Chapitre 2 : La mer, le sang, le frère Ils volèrent ainsi durant deux heures. Kyrianen sentait parfaitement le pouvoir magique de Seivan s’étioler avec le maintient du sort. Elle se prit a penser lui proposer de puiser dans ses propres réserves.
« Kyrianen a quoi tu joues ? » se disait-elle à elle-même.
Seivan, lui, pensait à autre chose, comme la nourriture, ou encore penser à éviter les agglomérations.
« Bien prosaïque tout ça, alors je tiens une belle humaine dans mes bras… »
La matinée humide après la pluie de la veille avançait. Seivan dirigea sa monture magique vers un bois non loin de la côte. La jeune Dame n’avait pas pu voir le navire qui approchait. Seivan lui en discernait déjà les contours.
Au moment d’amorçer la descente il sentit Kyrianen remuer.
« -Pouvez vous vous asseoir ?
- Oui, je crois, répondit-elle d’une voix qui se voulait froide.
- Bien. Auriez-vous l’amabilité de passer derrière moi ? J’aurais besoin de voir… demanda poliment Seivan, comme si il s’était à une Elfe.
- Je vais essayer. »
Elle s’assit, ses cheveux volaient au gré du vent et ils caressèrent le visage d’albâtre de Seivan quand elle passa adroitement derrière lui. Seivan eut une sensation inconnue et étrange quand elle passa ses bras autour de lui pour ne pas être désarçonnée. Jamais en 100 ans de vie il n’avait éprouvé ça… Il ne savait pas ce que c’était, le pauvre…
Ils atterrirent donc à la lisière d’un sous-bois. Seivan sauta a bas de son coursier qui piaffait quand il mit fin au sort avant de s’effondrer contre un arbre, extenué. Le maintient de ce pégase l’avait obligé à reculer les limites de son endurance.
« Ainsi affaibli je suis à sa merci. Selon son point de vue, elle ne me connaît pas. Selon comment elle va agir je vais pouvoir mesurer si elle est digne de confiance. Mais qu’est-ce que je fais ? Pourquoi je n’arrive pas à la voir comme un simple humaine ? Pourquoi les autres de sa race ne sont guère plus qu’un animal de compagnie a mes yeux et elle non ? Khaine si tu as la réponse, dis la moi ! »
Si Seivan s’attendait à une attaque, il n’en fut rien. Kyrianen attendit patiemment que l’Elfe se relève en l’observant. Seivan sentit son regard posé sur lui. Peut être appliquait-elle les leçons de patience des Hauts Elfes ? Mais un humain n’a que très peu de patience. Elle agira sous peu… Seivan eut un nœud à l’estomac à cette idée…
Il chassa un lapin, il le cloua à un arbre avec un de ses aiguilles. Seivan sentit l’esprit de l’animal s’éteindre doucement dans sa tête. Il prit aussi quelques baies qu’il trouva prés du terrier de sa proie.
La nuit arriva sans se presser, les ombres grandissaient, le soleil devint rouge. Puis les ténèbres prirent lentement le dessus sur la lumière. Seivan se sentait plus à l’aise dans l’obscurité. Il aimait la nuit, les douceurs de sa brise, la lumière douce de la Lune. Il aimait marcher en silence dans les ténèbres. Rien ne pouvait entraver sa liberté le soir venu. Il devenait invisible. Il aimait la nuit car elle lui conférait son pouvoir. Les ombres l’aidaient dans ses diverses quêtes. Il aimait la nuit…
Ils mangèrent. Kyrianen avait allumé un feu par magie. Elle et lui mangèrent avec appétit. L’Elfe ne leva pas les yeux sur elle, de peur d’y trouver un sentiment encore nouveau. On a tous peur de ce que l’on ne connaît pas, un assassin aussi jeune que Seivan ne faisait pas exception… Cependant, l’humaine elle, le regardait avidement. Cherchait-elle ses faiblesses ? Le trouvait-elle à son goût ? Seivan était un membre de la Race Elfique, il était normal qu’une humaine le trouve charmant… Le silence latent était pesant. Kyrianen le rompit :
« - Vous ne mangez pas de viande ?
- Non, répondit simplement Seivan
- Pourquoi donc ? dit elle avec un air étonné
- On m’en a dissuadé, répondit il sans la regarder
- A l’antre de votre abominable Khaine ? Cracha-t-elle. Ne vous ont-ils pas appris le goût du sang et de la tuerie ?
- En effet. »
Kyrianen fut déstabilisée par cette réponse si calme. Ne sachant que répliquer elle resta un instant bouche bée. Puis elle se renfrogna et ne dit plus rien.
Seivan attendit la nuit noire. Quand elle arriva enfin, il se leva et dit à Kyrianen à voix basse :
« - Je vais vous expliquer ce qui va se passer et comment réagir. Obéissez moi sans hésitation et sans questions sinon vous mourrez. »
Il avait dit ceci comme vous demanderiez du pain à votre boulanger. Comme si la mort n’avait aucune importance, aucun impact sur lui. Peut être est-ce compréhensible ? Seivan a toujours vécu prés de la mort. Il avait tué un nombre incalculable de fois. Il avait brisé encore plus de vie par ses meurtres…
Kyrianen évalua l’expression de son visage.
« Il m’a protégée jusqu'à maintenant… Pourquoi je ne sais pas mais il l’a fait. Quelque chose me dit que sans lui, je mourrai dans l’heure… Quelle est cette sensation ? Avec lui, je me sen en sécurité… Plutôt étrange, il n’en reste pas moins mon geôlier… »
Alors, Kyrianen aquieça.
« - Bien. Nous allons rejoindre la plage pour prendre un bateau. Ce bateau sera gardé bien sur. Je dois parler au garde au sol et signifier ma présence aux gardes a bord. Ensuite je reviendrai vous chercher. Pour eux vous serez une esclave plus que privilégiée.
- Privilégiée ?
- Vous n’êtes pas morte… Pour eux c’est être privilégiée que d’être à la fois humaine et en vie… » Répondit Seivan avec un sourire…
Seivan la fixait de ses yeux bleus en amande, regard déroutant s’il en est. Jamais Kyrianen n’avait vu pareil regard… Si empli de tristesse, de résignation, de haine… Mais ce regard-ci, c’était de l’affection et de la tendresse qu’il contenait… Elle n’en revenait pas… Elle lui rendit son sourire…
« -Suivez moi sans le moindre bruit, vous connaissez l’ouïe Elfique… »
Ils commencèrent leur progression à travers la forêt. De temps a autre, Seivan indiquait a sa compagne un obstacle que ses yeux humain n’auraient su voir.
Subitement Seivan s’arrêta, Kyrianen lui rentra dedans et il se retourna l’air furieux qu’elle ait fait du bruit. Depuis la première fois depuis leur combat, Kyrianen craignit pour sa vie… Seivan se calma et l’incita au silence. Seivan s’accroupit et fit lui fit signe de faire de même.
D’une voix quasi-inaudible Seivan murmura :
« -Restez ici. Ne bougez sous aucun prétexte. »
Puis Kyrianen le perdit de vue, elle étendit les bras pour le chercher devant elle mais elle ne sentit rien.
Seivan avait bondit, il atterrit aussi silencieusement que le mouchoir des tournois derrière l’Elfe a terre. Il portait un bouclier noir orné de rouge, des lames garnissait ses protèges poignets et son arme était une lance à longue lame effilée. Il lui passa le couteau sous la gorge et immobilisa son bras droit.
« - Un seul bruit sonnera le glas de ta vie, récita Seivan
- Maître Seivan. Nous vous attendions.
- Va dire au capitaine de commencer à lever l’ancre »
Soudain Seivan sentit une lame sur sa nuque.
« - Je vous tiens « maître » » dit une voix ironique
« Merde… pensa Seivan. Lamécralate. Vais-je avoir assez d’énergie… »
Seivan ferma les yeux est accumula le pouvoir, puis il paniqua, il ne percevait plus le souffle de Kyrianen
« - Tu es sur la voix du déclin Seivan, tu as même laissé une espionne humaine te suivre… Moi je gagne en puissance et je suis maintenant meilleur assassin que toi. »
Seivan lança sont sort en silence. Il allait ralentir la perception du monde de son adversaire. Une fois la magie active Seivan se retourna brusquement en écartant la lame de son ennemi avec la garde de son poignard pour étouffer le bruit : les arbalétriers avait ordre de tirer sur tout ce qui paraissait suspect.
Je crois qu’a ce moment, Lamécarlate eu la peur de sa vie. Le visage de Seivan était embrumé d’une telle expression de haine, il n’avait jamais aimé Seivan au Temple mais là il en avait peur, il sentait qu’il allait mourir. La magie se dissipa par le manque d’énergie de Seivan.
Seivan lui décocha un violent coup de poing en pleine figure. Il se releva péniblement. Il attaqua rapidement ayant retrouvé ses réflexes, Seivan para et esquiva sans efforts, sa vitalité retrouvée. Il était animé par la haine. Il envoya un coup magistral dans le bas ventre de son adversaire qu’il enchaîna avec un cou de genou dans le menton. Lamécarlate partit en un vol plané quand Seivan sauta et l’interrompit d’un coup de pied magistral de haut en bas, utilisant l’énergie de sa chute pour amplifier sa force. L’assassin retomba durement sur le sol sans bruit. Seivan s’accroupit prés de la tête de son adversaire vaincu, qui se tordait de douleur.
« - Si tu as tué cette humaine, tu comprendras pourquoi on me nomme « maître assassin » »
Et il lui cracha au visage.
« Je ne suis pas mort… Je ne suis pas mort… » Pensait Lamécarlate en sang au sol.
Il alla chercher le corps de Kyrianen. Elle était en vie. Cette humaine a des ressources inconnues pensa Seivan alors qu’il la portait jusqu’au bateau.
Les Elfes avec leurs arbalètes lui jetèrent un regard interloqué quand il atterrit sur le pont après un saut de plus de 4 mètres de haut.
D’un regard noir, Seivan leur intima le silence.
« - Envoyez deux Elfes chercher le corps de Lamécarlate. »
Deux soldats partirent dans l’instant en courant. Seivan gagna la cabine du capitaine dont il ouvrit la porte à la volée.
« -Dehors, dit Seivan
- Pardon ? Qu… Il s’interrompit à la vue du regard de Seivan. »
Il empaqueta quelques affaires et partit.
Seivan étendit doucement le corps svelte de Kyrianen sur le lit moelleux du capitaine. La cabine était exigue. Pour tout ameublement il y avait une commode pleine d’affaires personnelles, que Seivan fourra dans un sac et lança dehors, une armoire vide et une table sur laquelle reposaient une carte marine et un compas.
Il couvrit la jeune fille.
« Kahine que ce passe-t-il ? Suis-je ne train de m’attacher à cette humaine ? »
Seivan ne le savait pas. Mais la sensation qu’il éprouvait en la regardant dormir n’était pas désagréable… Il sortit sans bruit et rejoignit les dortoirs où il espérait trouver le capitaine.
Il le trouva attablé avec trois de ses hommes et ils parlaient a voix basse. Ils se turent à l’entrée de l’assassin.
« -Capitaine, dit Seivan doucement, veuillez pardonner ma brusquerie de tout à l’heure. Prenez possession de l’autre cabine si vous voulez.
- Mais… c’est la vôtre maître Seivan …
- Je ne dormirai pas du voyage.
-Bien merci.
Puis s’adressant aux trois matelots Seivan dit :
-Auriez vous l’obligeance de sortir. Je dois parler à votre capitaine. »
Ils obéirent en lançant des regards inquiets à leur chef. Seivan se retourna et confina la porte magiquement contre les oreilles (pointues) indiscrètes. Il refit face à son interlocuteur avec un sourire radieux.
« -Deketh ! » Et ils s’étreignirent comme deux vieux amis. Et pour cause, Deketh était le meilleur ami de Seivan. Il était plus grand que Seivan et avait des cheveux blancs. Ses yeux étaient blancs eux aussi, avec l’éclat d’un diamant. Cet Elfe était vieux… Plus de 1000 ans, selon Seivan bien qu’il n’en soit pas sur…
« -Maintenant raconte. Dit-il en s’asseyant. Qui est cet humaine ? Si tu ne l’as pas tuée c’est qu’elle est spéciale, et si tu m’as évincé de ma cabine pour elle c’est que tu es amoureux.
- Je suis quoi ?
-Tu ne connais pas ce mot ? Demanda Deketh interloqué. Pourtant avec ton joli minois t’as bien fais craquer une ou deux furies au temple ? Se moqua-t-il.
- Ben ouais qu’est-ce que tu crois ? Répondit Seivan d’un air espiègle.
- Ah bon ? Dit le vieil Elfe, visiblement intéressé…
- Ne t’écarte pas du sujet. Tu as dit que j’étais quoi ?
- A-mou-reux.
- Cela veut dire quoi ?
- Ils ne t’apprennent pas ça au Temple ? demanda Deketh, narquois.
- Tu m’expliques ou je t’étrangle ?
- Tu tiens a elle, tu la veux pour toi prés de toi, tu veux la protéger,… En voyant le visage inexpressif de Seivan il ajouta finalement.
- Tu ne veux pas qu’elle meure.
- Ah… c’est donc ça. Mais toi non plus je ne veux pas que tu meures !
- Oui mais de ma mort tu t’en remettrai, pas de la sienne.
A cet instant Seivan commença franchement à paniquer.
- Mais c’est une humaine ! Elle mourra sous peu ! 40 ans si elle a de la chance !
- Hé hé, la est le problème mon ami… »
Seivan réfléchissait à toute vitesse : « Il a raison… »
« - Que vas-tu faire Seivan, demanda son ami inquiet en voyant l’expression de son visage
- Je vais la faire devenir Elfe »
Puis il partit.
« Tu as 40 ans mon ami… » Pensa Deketh
« Seivan, dans quel pétrin t’es tu fourré ? »